Re: fable de Lafontaine en argot...
Envoyé par: Martine (---.w83-203.abo.wanadoo.fr)
Date: lun 3 avril 2006 00:29:56
Voici le petit chaperon rouge en argot que mon père racontait à toutes les bonnes occasions
Il était une fois dans un bled perdu de la cambrousse, une petite mistonne de huit à neuf berges qu’était des plus choucardes. C’était c’qu’on peut trouver d’plus gratiné dans le genre chérubin ; elle avait de beaux chasses, doux en v’lours du ciel cloqués dans un minois peu d’pêche, une petite jacque comme une cerise, des chocottes en grain d’riz, le tout encadré de bouclettes en soie blé d’or.
A la voir si chouette, sa vioque en était cinglée d’admiration et sa grande vioque encore plus chouilla.Pour la jorder d’ses sept berges, sa daronne lui avait attriqué un bgda rouquinos qu’elle avait d’gauché chez Olpich, le chapelier du village, et ce bagda allait si bien à la bouille de la mistonne que chacun l’appelait le petit chaperon rouge, et que ce blaze lui était resté. Un jour que sa daronne avait cuit des gâteaux, elle lui bonnit en lousdoc :
-« ta grande vioque s’est fait porter pâle, bicause son court-circuit dans l’gosier qui la r’prend, elle a b’soin d’se r’becter, va lui r’filer c’te galette et c’te p’tite chopotte de lereubeu et magne toi »
v’là la même qu’arpigne ses flûtes à son cou et elle arquait, elle arquait fissa, quand en traversant l’bois, elle se choqua pif à pif dans compère le loup ; faut bien bonnir c’qui est, le loup, c’était pas un mec à fréquenter, il avait r’noncé à être sympa et ça s’voyait tout d’suite rien qu’à gaffer ses chasses à r’culon et son sourire de raie en couche ; et d’puis quequ’temps, y tortorait pas chouilla, pas la moindre côte de ligoduji à s’coller derrière le collier ; aussi quand il aperçut la gisquette, il eut grand envie d’croquer ce p’tit poulet d’grain qui y coûtait pas un rond, mais y s’dégonfla à cause que l’bois était plein d’bougnas qui f’saiant ribauder d’l’aubépine pour en faire du carbi.
-« Ohé ! colombine » dit-il à la môme.
-« Où c’que tu déhottes comme ça ? »
-« J’m’en va r’filer c’te bonne friandise à ma grande vioque qui agonise en lousdoc et qui crèche à côté là-bas derjo à cent mètres fidji du champs d’fraises »lui bonnit la poupée qui savat pas qu’une poupée doit pas jacter à mironton qu’elle connaît pas, surtout quand c’est un loup.
-« Higodu ! » qui fait l'loup.
-« J’men va aussi lui r’filer la bise à te grande vioque, tire toi pas ladé, moi j’me barre par laga, on verra qui s’ramènera l’preu à la tôle ».
tandis que le p’tit chaperon rouge avec ses p’tits fumerons arquait en lousdoc, cueillant de ci de là une fleurette pour sa grande vioque, ou trempant son doigt dans la chopotte de lebeureu, lui s’tapit du rase-mottes et en moins d’deux, y r’filait d’jà des grands roqués d’pavogne dans la lourde d’la grand vioque : Toc, toc ,toc !
-« Qui qu’est laga ? »
-« C’est votre p’tite moujingue, le chapron rouquinos » fit le loup avec un p’tit filet d’voix dans l’gosier façon baby.
-« Et j’viens vous r’filer c’te bonne fraindise qu’la daronne a maquillé pour vosig, pour adoucir votre sonniquet d’aieule »
Gigo qui fait la grande vioque qu'était encore dans les toiles :
-« tire la chavevillavette et la bobinette dubo cherra tant qu’ça peut »
le loup déride la lourde, renquille dans la tôle et s’tortore la vieille en moin de deux, comaco sans vinaigrette ; c’était pas bien chouette, mais y’avait bien deux jordées qui s’était pas câlé les gencives. Après y r’boucle la lourde et va s’mettre la viande dans les torchons en s’loquant du bonnet et d’la camisole de la grand vioque.
Deux broques après, le p’tite chaperon rouge tapotait à la porte : toc, toc, to, !
-« Qui qu’est laga ? »
la môme eut d’abord les flumets en esgourdant la grosse voix du loup, mais s’gourant qu’sa grande vioque avait les amygdales loguedus,elle lui bonnit en lousdoc :
-« C’est votre p’tite moujingue, le chaperon rouquinos et j’vient vous r’filer c’te galette et c’te p’tite chopotte de lereubeu qu’la daronne à maquillé pour vozig pour rebecter votre p’tite tête d’aieule »
-« Gigot ! » qui fait la grande vioque en peau d’loup.
-« Tire la chavevillavette et la bobinette dubo cherra tant qu’ça peu »
la môme tranquille.
-« tombe tes fringues, mignonne, et viens t’paguer avec mézig ! »
la môme s’déloque en moins d’deux et en d’filant la viande dans les torchons et en bizotant sa grande vioque, elle lui bonnit en lousdoc :
-« Oh ! grand vioque, comme vous avez de grands brandillons ! »
-« C’est pour mieux t’bizoter, ma mistonne »
-« Oh ! grande vioque, comme vous aves de grandes feuilles ! »
-« C’est pour mieux t’esgourder ma mistonne »
-« Oh ! grand vioque, comme vous avez de grand chasses ! »
-« C’est pour mieux te r’luquer ma mistonne »
-« Oh ! grandvioque, comme vous avezun grand blaze ! »
-« C’est pour mieux te r’nifler ma mistonne »
-« Oh ! grande vioque ; comme vous avez de grandes chocottes ! »
-« C’est pour mieux te becter, ma mistonne »et joignant le gest à la parole, la mâchoire à la bagoulette, le loup agrippa la gisquette et cassa la croûte avec.
Moralité :
Léger darons, imprudentes daronnes, de grâce, faites un peu gaffe à vos mistonnes, surtout quand elles sont girondes, bravunavettes ou blavondes, parc’qu’y à toujours dans le loinqué, un loup qu’est prêt à vous les embarquer.
Le loup, c’est un loqueteux, un hareng, un hiou, le loup c’est l’ennemi d’la famille.
Aussi, quand on dit qu’l’esprit vient aux filles, c’est qu’elle viennent de gaffer l’loup.